Japon – France - Un nouvel allié ?
Pendant de nombreuses années, les relations entre le Japon et la France se limitaient principalement aux échanges commerciaux, tandis que sur le plan diplomatique et militaire, les deux nations s’ignoraient. Cependant, depuis 2015, et plus particulièrement après la visite d'État d’Emmanuel Macron le 26 mai 2029, les rapports entre les deux pays ont changés. Tokyo reconnaît à la France le statut de « nation du Pacifique », salue son engagement militaire dans la région, et souhaite un rapprochement militaire. Cette dynamique devrait s’accélérer, en raison de l’imprévisibilité des États-Unis sous l’administration de Donald Trump. Une amitié entre le Japon et la France pourrait ainsi devenir une réalité tangible.
For many years, relations between Japan and France were limited mainly to trade, while diplomatically and militarily, the two nations ignored each other. However, since 2015, and particularly after Emmanuel Macron's state visit on May 26, 2029, relations between the two countries have changed. Tokyo recognizes France's status as a “Pacific nation”, salutes its military commitment in the region, and hopes for military rapprochement. This dynamic is set to accelerate, given the unpredictability of the United States under Donald Trump's administration. A friendship between Japan and France could thus become a tangible reality.
IISS : International Institute for Strategic Studies, institut de recherche britannique en relations internationales qui se définit lui-même comme l’autorité majeure en matière de conflits politico-militaires
FAITS
Depuis la visite d’Emmanuel Macron au Japon le 26 juin 2019, les rencontres officielles entre la France et le Japon se sont succédées de manière régulière, chacune contribuant à renforcer les liens entre les deux nations.
Le 9 mai 2023, les ministres des Affaires étrangères et de la Défense du Japon et de la France ont réaffirmé l’importance de leur « partenariat exceptionnel ». Ils ont également souligné les échanges opérationnels réguliers qui se sont établis entre les Forces d'autodéfense japonaises et les Forces armées françaises.
Le 1er juin 2024, le ministre de la Défense, Kihara, a souligné l’importance de la coopération avec la France, le seul État membre de l’Union européenne à maintenir une présence militaire permanente dans la région indopacifique.
Le 14 mars 2025, à l’issue d’une ultime réunion accompagnée de manœuvres navales conjointes, les ministres des Affaires étrangères ont annoncé que le Japon et la France renforceront leur coopération en faveur d’un « Indopacifique libre et ouvert ».
ENJEUX
Face aux États-Unis devenus imprévisibles et repliés sur eux-mêmes, le Japon ainsi que les nations de la région Asie-Océanie se tournent vers la France, perçue comme l'une des puissances militaires incontournables de la région.
COMMENTAIRES PROSPECTIFS
Jusqu'en 2015, les échanges entre le Japon et la France se limitaient principalement à des flux de matériels informatiques et de véhicules automobiles. Ce n’est qu’avec la présidence de François Hollande qu’un accord symbolique a permis d’élargir ces relations, en ouvrant la voie au transfert d’équipements et de technologies militaires.
Historiquement, le Japon avait peu de partenaires en matière de diplomatie et de défense, se reposant presque exclusivement sur les États-Unis. La France, de son côté, était souvent ignorée par le pays du soleil levant, mais cet accord a marqué un tournant significatif.
Il a fallu attendre la visite officielle d’Emmanuel Macron le 26 mai 2019 pour franchir une nouvelle étape significative dans les relations entre la France et le Japon, deux « nations de l’espace indopacifique ». Ce partenariat a été marqué par un engagement commun en faveur de coopérations concrètes dans la région.
Quatre années ont encore été nécessaires avant d’atteindre une étape majeure. Le 9 mai 2023, les ministres des Affaires étrangères et de la Défense des deux pays se sont réunis pour saluer les échanges opérationnels réguliers et de qualité entre les Forces d’autodéfense japonaises et les Forces armées françaises. Ces interactions incluent des escales de navires et des entraînements conjoints, tant bilatéraux que multilatéraux dans la région indopacifique.
Bien que ces exercices soient un développement positif, ils demeurent pour l’instant limités aux bonnes intentions. Les diplomates travaillent encore à établir des négociations portant sur l’accès réciproque entre les deux armées, visant à faciliter l’entrée de personnels et de matériels. L’objectif ultime est de favoriser l’interopérabilité entre les Forces armées françaises et les Forces d’autodéfense du Japon.
Que l’on ne s’y trompe pas, il ne s'agit encore que de perspectives lointaines. Cependant, les rapprochements en cours semblent susciter des attentes à Tokyo. En témoigne l’importance accordée à l’exercice « Brunet-Takamori1 », qui s’est déroulé en septembre 2024. Lors de cet événement, les hommes de la 6e brigade légère blindée de l’armée française ont collaboré avec la 9e division des Forces d’autodéfense terrestres japonaises dans le cadre d’une simulation de guérilla urbaine. Le Japon cherchant à tirer parti, pour ses Forces d’autodéfense, de l’expérience des armées françaises significativement engagée sur des théâtres d’opération
Ce sont les manifestations d’une transformation profonde de la nature des relations que le Japon et la France peuvent entretenir et qui demandent à être analysées sous un double prisme.
Tokyo, qui aurait pu choisir de garder secrets les récents exercices militaires, a souhaité en informer les médias La décision a été justifiée par les tensions croissantes dans la région. « Pour renforcer considérablement notre défense, il est indispensable de nous rapprocher des pays qui partagent notre vision d’une zone indopacifique libre et ouverte. Renforcer notre coopération avec la France et le faire savoir publiquement, tant à l’intérieur qu’à l'extérieur, contribue à améliorer notre dissuasion », a déclaré un responsable japonais. Cette démarche envoie un message clair à la Chine, à la Russie et à la Corée du Nord : Tokyo dispose de nombreux alliés, au-delà des États-Unis.
À Paris, on se réjouit de ’importance que le Japon donne à la présence française dans la région.
Le 1er juin 2024, lors du 21e forum sur la sécurité en Asie organisé par l'IISS* à Singapour, le ministre de la Défense japonais, Kihara, a souligné l'importance croissante de la coopération avec la France. En tant que « seul État membre de l’UE disposant d'une présence militaire permanente dans la région indopacifique », la France joue un rôle crucial, selon Kihara, qui s’est également réjoui des déploiements continus de moyens et de troupes françaises dans cette région stratégique.
Paris attache une importance particulière à un passage de la déclaration commune des quatre ministres des ministres des Affaires étrangères et de la Défense japonais et chinois, affirmant que la France, à travers ses territoires d’outre-mer, est bien une nation de la zone indopacifique. Ils partagent l’avis selon lequel la participation des Forces d’autodéfense japonaises à l’exercice Malala en Polynésie française en mai 2022, ainsi qu’à l’exercice Southern Cross en Nouvelle-Calédonie en avril 2023, contribue à la stabilité du Pacifique Sud. Yoshimasa Hayashi, ministre des Affaires étrangères et Yasukazu Hamada, ministre de la Défense ont réaffirmé « l’importance de la présence française dans le Pacifique Sud » – incluant la Nouvelle-Calédonie, la Polynésie française et Wallis et Futuna – en soulignant que la France est une véritable nation indopacifique.
La France est désormais reconnue comme l’une des nations influentes de la région Asie-Océanie, avec ses Forces militaires saluées et recherchées pour équilibrer les pressions exercées par la Chine et les menaces que représente la Corée du Nord. Ce constat marque une réévaluation significative de la présence française dans cette zone stratégique. Il y a dix ans, la France était au mieux ignorée dans le contexte régional. Cependant, en se projetant vers l’avenir, il apparaît que son influence pourrait se renforcer.
Une analyse attentive du calendrier laisse entrevoir des évolutions significatives. Les récents changements observés remontent aux derniers mois de 2024, bien avant l'entrée en fonction de Donald Trump et ses décisions controversées, notamment son rapprochement avec la Russie, la suppression brutale de toute assistance, et la remise en question des accords douaniers. Ces mesures risquent non seulement de déstabiliser la région, mais également d’inquiéter le Japon et les pays voisins. Face à l’imprévisibilité des États-Unis, la question se pose : peuvent-ils continuer à fonder leur sécurité uniquement sur ce partenaire ? À part la France, sur qui peuvent-ils réellement compter ?
Edouard Valensi, Asie21
- Du 8 au 21 septembre 2024, près de cinquante soldats français ont été déployés au Japon dans le cadre de l’exercice Brunet-TakamorI 24. À cette occasion, le 2e régiment étranger d’infanterie (2e REI) de l’armée de terre française s’est exercé aux côtés du 39e régiment d’infanterie (39e RI) de la force terrestre d’autodéfense japonaise lors d’un entraînement axé sur le combat d’infanterie